novembre 10, 2018

CROIX DE GUERRE



Mon arrière grand-père maternel
Tombé à Verdun, anonyme parmi les millions d' anonymes sacrifiés. Nos villages s' en souviennent...


Au fond de ce tiroir
parmi les ombres
la croix de guerre

Mémoire
au lit de la pudeur

Les hommes tombés
n'ont pas de veste
les hommes debout
s'en souviennent

Au fond de ce tiroir
parmi les ombres
la croix de guerre
humble et fraternelle

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Sa fille unique avait 7 ans
 quand il est tombé au champ d' horreur
 où ils convergeaient tous
sous l' oeil implacable des généraux.

D' où, dans un de mes écrits :

"C' est la petite fille
la douloureuse absence
dans le grand champ de fleurs
qui borde son enfance"...


Il est enterré à Verdun.  Anonyme au milieu d' anonymes.
Son nom figure sur le monument aux "Morts pour la France"
dressé près de la Mairie de Kerfeunteun (Quimper).
Son nom pour l' éternité...Jean-Marie Cosmao

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novembre 06, 2018

SUR SON LOPIN DE TERRE

Elle s' était dévoilée
sauvage, animale
sur son lopin de terre
accrocha une étoile
elle s' était révélée
à fleur de sa peau
ses prunelles recueillaient
la chaleur des beaux mots
elle s' était dévoilée
solitaire, animale
et petit à petit
avait porté son souffle
avait gonflé sa source
sous les mots qui naissaient
elle s' était révélée
sensuelle, animale
tout près de cette mer
où le soleil rieur
s' accrocha à une voile
du bateau rouge ancré

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novembre 05, 2018

Je te dirai
la paume élargie de ma main
un soleil est posé
sur les lignes du destin

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LES CHAMEAUX

Dans le désert de Gobi
quelques chameaux écrivent
de leurs pas appuyés
l' histoire de leurs frères

Sous la tempête de sable
leur mouvement de balancier
loin de la source qui désaltère
le temps, poussiéreux, s' égrène...

Majestueux, ils poursuivent
sans blatérer, imperturbables
leur noble chemin
tendus vers un but


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octobre 29, 2018

FILLES DE LA-BAS

Vos yeux voilés
ont croisé l' horizon de mon regard
j' aurais aimé entrouvrir la porte
de votre prison intérieure

Filles instruites aux désirs baillonnés
je vous ai vues pleurer de désespoir
j' aurais voulu vous libérer
de vos chaînes ancestrales

Filles instruites de là-bas
qui  déposèrent leurs rêves
 sur un coin d' épaule fraternelle
 un été mille- neuf-cent -quatre- vingts

je ne vous oublie pas...

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LA PIROGUE

La pirogue glisse sur le fleuve endormi et la lune s' invite, mystérieuse, en son lit.
Le vent doux s' est levé, tendrement il gémit.
La tête d' Aiyena repose sur l' épaule d' Aditaya "fils de l' infini". Il a parlé au vent puis il s' est assoupi.
Lentement, dans la nuit,  le voyage  se poursuit. "Fleur éternelle" sourit. Elle rêve à Kiona, "petite colline dorée" qui au cours du voyage a retrouvé l' aimé et les parfums ambrés des galops très sauvages.
Au matin, le pic-vert frappe un arbre,  une flûte naîtra.
Et viendra un poète pour faire vibrer le bois.
Plus tard , le soleil plongera dans le lit de ce fleuve. Il serpente au long cours.
Comme n' est jamais aisé le chemin de l' amour.

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LE CERISIER (VERS LIBRES)

Le cerisier
tout en bas du jardin
a vu combien de lunes joliment se lever
et de brûlants soleils fièrement se coucher ?

Le cerisier
aux  fruits rouges, charnus, becquetés en plein vol
a vu combien d' oiseaux, d' étranges voyageurs
de toutes sortes de plumes, de toutes sortes de couleurs ?

Le cerisier
à l' écorce  striée que nos courbes ont frôlée
a vu combien de vies, naître, s' épanouir ?
de celles des enfants à celles de chiens  joyeux

Le vieil arbre sourit, immobile, secret
ses racines le lient, à la terre, en beauté
quand nos mains maladroites
viennent, son tronc, caresser

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octobre 28, 2018

LA MONTRE






La crique, en son écrin sauvage, éclatait de mille soleils. Le sable blond perlait sous la chaleur, l' océan ondulait à l' horizon, obligeant les voiliers de juillet à se déhancher.
J' entrai dans l' eau claire pour me rafraîchir. Je vis alors que je portais ma montre au poignet. Revenant sur mes pas, je déposai celle-ci sur un rocher choisi. L' après-midi s' égréna,  en contrebas de la lande, entre baignade, lecture et rêverie...
Quelques jours plus tard, je m' aperçus de la disparition de ma montre. Je me mis frénétiquement à sa recherche, dans tous les recoins de la maison, avant que mon esprit ne visualise une crique isolée près de Morgat.
L' espace d' un instant, le temps s' arrêta. J' eus un léger pincement au coeur. Ma montre bleu marine, oubliée sur le rocher,  était définitivement perdue, probablement emportée par la marée montante et descendante.
Je me fis une raison tout en réprimandant mon étourderie.
Deux mois plus tard...
J' entrai, comme chaque jour,  dans la salle de bain. Mon regard accrocha immédiatement, un meuble en bois, sous le lavabo. Mon corps et mon coeur sursautèrent. Ce dernier rata un battement. Le bracelet-montre était là, bien en évidence, posé comme pour être vu. Le cuir bleu marine de celui-ci, comme sous l' effet du sel, avait légèrement blanchi.
Cet espace avait été fouillé auparavant et j' étais seule à la maison.
L' incompréhension succéda à la surprise.
Par quel chemin, l' objet était-il arrivé en ce lieu ?
Mystère...

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octobre 18, 2018

JUSTIN ET VINCENT

Allongé dans la boue des tranchées, sur le front de la Meuse, Justin n'arrivait pas à fermer l'oeil. Des chiffres résonnaient dans sa tête, il ne comptait pas les moutons mais le nombre de ses compagnons tombés, le jour même, au combat. Les nombres teintaient comme le glas de l'église du village qui l'avait vu naître puis grandir. Il essayait de se boucher les oreilles avec ses mains calleuses, rien n'y faisait, tout n'était que fracas.

Il leva son regard vers le ciel cherchant un coin de paix dans l'immensité de celui-ci, il n'y rencontra que le vide. Les étoiles n'avaient plus la même couleur, la même lumière. Elles appartenaient à un autre monde, celui d'avant la guerre, celui de Pauline. Ce monde là avait disparu au rythme des vies qui s'en allaient dans le sang, la solitude, la peur, la boue. Dieu aussi, d'une certaine façon, était mort.
Il maudissait sa représentation ne sachant vers qui diriger sa colère et son impuissance.

Justin se redressa péniblement, une crampe venait de le saisir à la jambe gauche. Il grimaça et oublia pour un instant de compter. La douleur physique remplaça la douleur morale. Il pouvait la contrôler davantage. Deux minutes s'écoulèrent avant qu'il ne ressente, à nouveau, sa tête le marteler.

A côté de lui, un de ses frères d'armes parlait en dormant. Justin n'en comprenait pas le sens. Peu lui importait. En lui, autour de lui, tout n'était
qu'absurdité.
Les propos décousus de son compagnon résonnèrent dans la tranchée : « je pense qu'il pourra demeurer auprès de nous jusqu'au moment où il sera rouillé ».

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Quatre vingt dix huit, quatre vingt dix neuf, cent...

Affalé dans sa chambre, Vincent comptait sur ses petits doigts. Il poussa un grand « ouf » avant d'esquisser un large sourire. Maman ! papa ! cria t-il du haut de son jeune âge, je sais compter jusqu'à cent ! Il déboula dans les escaliers, ébouriffa
le chien au passage, se jeta contre sa mère pour l'enserrer de ses bras légèrement potelés.

Vincent aimait beaucoup les chiffres. Quelques posters colorés portant des soustractions, additions et divisions, ornaient sa chambre.L' ardoise posée sur le petit bureau montrait quelques traces d'exercices récents.

Paul observa de loin son fils serré contre son épouse. Comme il ressemble à son arrière, arrière grand-père se dit-il ! la même expression dans le regard, le même dessin de la bouche...Une vieille photo s'imprima alors dans sa tête, une photo d'avant-guerre... celle de Justin. La statue au centre du village et la croix blanche du cimetière portaient ces quelques mots : "morts au front". Elles honoraient aussi, pudiquement, son nom.

Il chassa ces images sombres tout en jetant un dernier regard à son fils. Il retourna vaquer à ses occupations dont la principale était le taillage d'une haie.

Il restait fidèle à un vieux sécateur, nul ne savait pourquoi. Une étrange complicité s'était établie entre lui et l'objet. Il en prenait soin comme de la prunelle de ses yeux.

Il murmura ces quelques mots, de peur d'être entendu par le voisin qui coupait un rosier, non loin de là : « je pense qu'il pourra demeurer auprès de nous jusqu'au moment où il sera rouillé ».

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octobre 14, 2018

PENSEE DU JOUR

Certains d' entre-nous aiment flâner dans les allées des brocanteurs.
Ce n' est pas trop ma tasse de thé. Il m' est arrivé d' y aller avec des proches ou des amis. Je ressens, quasiment à chaque fois, une sensation de malaise. Pour moi, les objets ont une âme. Ils sont habités et portent des empreintes invisibles.
Faisant part de mon ressenti à un de mes fils, il m' a répondu ceci :
"Les objets sont-ils obligés de disparaître en même temps que les personnes ? n' ont-ils pas droit à une seconde vie" ?...


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septembre 30, 2018

DU ROUGE ET DES OCRES A FOISON




La petite voile rouge 
      qui deviendra sur  l' océan
la pétale de fleur  
                                  de la Bretagne et des ailleurs...                                              






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septembre 28, 2018

AUTOMNE 2018


Automne 2018

teinté d' été



Tu es partout et nulle part à la fois.
Au bord de ce chemin côtier, dans cet avion qui trace son chemin dans le ciel, près de cette mer bleue lézardée de soleils ou de cet océan qui crache mille hivers. Lorsque je tends les bras, je rencontre le vide.
Tu n' es pas dans cet espace immédiat là, où les yeux se caressent, où les mains se cherchent et se trouvent. Tu es alors nulle part, ni derrière mon épaule, ni dans le champ de ma vue. Et pourtant, tu es partout, quand je regarde à l' intérieur de moi-même et dans la prairie des souvenirs.
Là, tu traverses les saisons, printemps, été, automne, hiver comme nulle part ailleurs.




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septembre 12, 2018

LES WAGONS DU TEMPS

Sous un soleil brûlant
la ligne déploie ses lames

Rayures d'un chemin de traverse

Vastes champs assoupis
qu'un souffle léger  berce

Au loin, tout est silence
pas un seul sifflement

Les seuls trains qui avancent
et gonflent dur leurs panses

sont les wagons du temps

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