décembre 09, 2018

INCANTATIONS

Je murmure au soleil
de s'éclipser en douce
de ces terres qui craquent
afin que sous la lune
s'égrènent les purs chants

Je chuchote à la pluie
d'irriguer les sols nus
et le puits des regards
que sa vive musique 
soit le rire des enfants

J'appelle les orages
aux spectacles flamboyants
pour que nos esprits voyagent
sous le bruit des tam-tams
vers les rouges volcans

Je charme le serpent
pour qu'éclatent aux aurores
les tendres poésies
qu'il dépose en nos âmes
avant que la nuit ne vienne
la chaleur d'une flamme


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UNE NUIT ORDINAIRE, UN REVE EXTRAORDINAIRE


UNE NUIT ORDINAIRE, UN REVE EXTRAORDINAIRE


Traduction d'un rêve fait... d'après les émotions fortes ressenties...
Il s'agit bien entendu d'une interprétation faisant appel à l'imaginaire.















La fenêtre de la chambre, en rez-de-jardin, laisse entrevoir un ciel tapissé de points lumineux.
Le vieux cerisier est auréolé de lumière pâle.
En contemplant la lune, mes pensées rejoignent le mystère de la création et le fameux big-bang. 
Le sommeil me gagne par expansion.
 

C'est une nuit ordinaire, rien ne laisse présager que je vais vivre un moment extraordinaire.
 
Au réveil, je ne serai plus tout à fait la même. Des certitudes se seront envolées et des frontières élargies.

Le rêve a pénétré ma pensée.
 
Survolant des canaux, une architecture élaborée s'offre à mes yeux ébahis.

Je perçois dans les moindres détails la façade travaillée des maisons. Les cours d'eau reçoivent leurs reflets austères.

Le ciselé d'une bâtisse (qui semble de nature religieuse) aiguise ma conscience. 
Je ressens la souffrance des pierres, je vois l'empreinte du sang sur celles-ci. 
Le climat est lourd, chaque décor du paysage témoigne de larmes enfouies et recèle de cadavres invisibles. Des combats ont eu lieu dans cette ville parcourue par des voies d'eau.
 

Une clé mystérieuse a ouvert une porte sur un passé lointain. 
Du fond des temps, quelques âmes errantes m'ont interpellée. Par un étrange canal, elles ont porté témoignage d'existences ôtées violemment . 

Si je devais situer ce "songe, le 24 août 1572 s'imposerait à mon esprit.

A Paris, au cours de "la nuit de la St Barthélémy", des massacres de protestants eurent lieu.

Cette tragédie s'inscrit en filigrane sur le parvis de mon lit.
En révélant leurs messages, ces âmes perdues se sont libérées de leurs chaînes terrestres.


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décembre 08, 2018

MON JOLI MOT BOHEME

Il circule dans mes veines
passe par tous les canaux
je lui donne le sens
il devient mon essence
mon joli mot bohème
"je t' aime"
épuré, souverain
je te le donne
reçois-le, pétris-le
comme la pâte
approprie-toi le sens
pour qu' il soit ton essence
et qu' au fond de tes yeux
il reflète, authentique

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LE JARDIN SECRET

La zone mystérieuse
sauvage ou bien rangée
aux notes savoureuses
aux souvenirs amers

Celle gardée en soi
comme une terre brunie
où s' érige une croix
ou un ardent épis

Celle qu' un grand marin
n' aborderai jamais
l' étrange parchemin
qui reste indéchiffré

Le jardin secret
avec sa porte scellée
un monde entouré
de sentinelles ailées

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PAR LES CHEMINS COTIERS



Et nous nous en allons
par les chemins côtiers
recueillir les embruns
la musique des vents

Nos prunelles accompagnent
ces voiliers, vers le large
avant de se heurter
à la ligne d'horizon

Alors, en accrochant
le vol d'un goéland
nos yeux teintés de rêves
cheminent vers les barges

ricochent sur les pins
effleurent le rivage
où dort
un vieux grément

C'est ainsi que débutent
nos mystiques voyages
à travers les méandres
et la rouille du temps

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décembre 01, 2018

L' AUTOMNE


Te souviens-tu, quand je t' imaginais, seul au creux de l' hiver ?
Le bois de ta forêt crépitait de colère, réchauffant le coeur sec du "grand ours solitaire".
Le pont, sous la tempête, tremblait de tout son être,  de ne pouvoir relier histoires dans le brouillard.
Et le verger rieur, au doux printemps naissant,  où ton parfum vibrait de notes imaginaires.
Et cette journée d' été, où sur le sable doré, nous allumions nos fièvres, juste au coin de ta lèvre.
L' île, nous l' avons trouvée, tendrement imprégnée de nos âmes débordantes.
Le temps s' est écoulé, sablier de tes mains.
A l' automne de nos vies, y avons déposé dégradés de couleurs.
Il se fait tard, les feuilles jonchent le sol, brun tapis sous nos pieds.
Nous marchons au sentier reliés par un fil d' or.
Et quand viendra l' hiver, les arbres mis à nu, nos êtres en partance rejoindront "vallée verte"


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L' HIVER



Je t' imagine, au loin, mon amour de toujours, près de la cheminée où tu brûles ta vie. Ton coeur devenu froid, tu ressembles à l' hiver.


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novembre 26, 2018

JOY ET MON PERE





La première fois que nous vîmes JOY, elle nous plut d'emblée.
Son aspect champêtre et son air intelligent touchèrent notre coeur.
C'était une chienne pleine de caractère, de vie, la terreur aussi des facteurs. Elle défendait bruyamment son territoire, au grand dam des passants ! Elle venait aussi se blottir contre nous et ses yeux débordaient de tendresse. Le "loup" se transformait alors en "agneau".
Joy aimait particulièrement nager dans l'eau de la rivière ou de l'océan. Elle s'adonnait alors à son activité favorite.
Intrigués, les promeneurs du dimanche faisaient une pause en observant son manège.
La fox récupérait les galets dans la mer et les transportait, avec détermination, sur le sable.
Sa curieuse troménie ravissait les promeneurs et faisaient rire les enfants. Elle peinait à transporter les galets les plus volumineux et abandonnait rarement ceux-ci.
Au cours des ans, ne renonçant pas à son jeu favori, elle s'y abîma, une à une, les dents.
Dès son plus jeune âge, elle fut imprudente. Occultant le danger, elle plongea dans le Steïr près de la petite Ile verdoyante. Elle fut vite emportée par le courant.
Mon père n'hésita pas à entrer dans la rivière pour lui porter secours. Ils sortirent de celle-ci aussi trempés et émus l'un que l'autre.
Depuis ce jour, un lien unissait la fox-terrier et son sauveur. Elle avait une manière particulière de le regarder. En ses prunelles mordorées, on pouvait y voir une forme de reconnaissance et beaucoup d'amour.
Ce lien unique perdura quatorze années ...
Avant d'être conduite à sa dernière demeure, au pied du vieux cerisier, mon père la salua d'un mouvement de la main empreint de fraternité et de respect.
Comme il l'aurait fait pour un vieux pote...

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novembre 21, 2018

COUCHER DE SOLEIL SUR LE LETTY


Quand j'entre dans tes yeux
au brun mystérieux
je vois des paysages
des terres chaudes et brunies
inondées de soleils
je rejoins des rivages
des amours d'un autre âge
cymbales, flûtes de pan
près des jarres, des citrons
des huiles parfumées
de myrrhe et de safran





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novembre 10, 2018

CROIX DE GUERRE



Mon arrière grand-père maternel
Tombé à Verdun, anonyme parmi les millions d' anonymes sacrifiés. Nos villages s' en souviennent...


Au fond de ce tiroir
parmi les ombres
la croix de guerre

Mémoire
au lit de la pudeur

Les hommes tombés
ne portent pas de veste
les hommes debout
s'en souviennent

Au fond de ce tiroir
parmi les ombres
la croix de guerre
humble et fraternelle

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Sa fille unique avait 7 ans
 quand il est tombé au champ d' horreur
 où ils convergeaient tous
sous l' oeil implacable des généraux.

D' où, dans un de mes écrits :

"C' est la petite fille
la douloureuse absence
dans le grand champ de fleurs
qui borde son enfance"...


Il est enterré à Verdun.  Anonyme au milieu d' anonymes.
Son nom figure sur le monument aux "Morts pour la France"
dressé près de la Mairie de Kerfeunteun (Quimper).
Son nom pour l' éternité...Jean-Marie Cosmao

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novembre 06, 2018

SUR SON LOPIN DE TERRE

Elle s' était dévoilée
sauvage, animale
sur son lopin de terre
accrocha une étoile
elle s' était révélée
à fleur de sa peau
ses prunelles recueillaient
la chaleur des beaux mots
elle s' était dévoilée
solitaire, animale
et petit à petit
avait porté son souffle
avait gonflé sa source
sous les mots qui naissaient
elle s' était révélée
sensuelle, animale
tout près de cette mer
où le soleil rieur
s' accrocha à une voile
du bateau rouge ancré

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novembre 05, 2018

Je te dirai
la paume élargie de ma main
un soleil est posé
sur les lignes du destin

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LES CHAMEAUX

Dans le désert de Gobi
quelques chameaux écrivent
de leurs pas appuyés
l' histoire de leurs frères

Sous la tempête de sable
leur mouvement de balancier
loin de la source qui désaltère
le temps, poussiéreux, s' égrène...

Majestueux, ils poursuivent
sans blatérer, imperturbables
leur noble chemin
tendus vers un but


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