février 13, 2011

JEANNE


Les gouttes de pluie frappent le sol, nourrissent la terre de toute la puissance céleste.  C'est aussi la rencontre de nuages devenus molécules d'eau et de petits escargots qui gravissent, d'un rythme poussif, l'escalier pierreux.
Jeanne aime ces gastéropodes, leur coquille en forme de colimaçon. Ils lui donnent, d'une certaine manière, une  leçon de vie.
Le soleil n'est pas loin, il germe à l'intérieur.
C'est celui de Venise en été, de Prague en hiver, de  Florence purement imaginé et le sien.
Il naît droit dans ses bottes, en ces jours de grisaille où Jeanne rive ses yeux au ciel plombé. Elle entend alors les éclats de balles des chasseurs et fait revivre, sur son cahier de couleur, les animaux touchés en plein coeur. 
La mort de n'importe quel être injustement fauché la traverse comme une éponge. Le cahier reçoit ses larmes mais aussi l'arc-en-ciel, les étoiles, les éléments déchaînés « du haut et du bas ».
Le soleil brille toujours à l'intérieur même s'il fait sombre dehors. Jeanne pousse  une porte et  entrevoit la lumière. Elle est d'une clarté douce, tendre, comme passée au tamis. Elle teinte joliment les prunelles de son chat lové entre ses bras. 
Ils se sont choisis en croisant leurs regards. Ils ont affiné leurs âmes, lui, animal indépendant et sauvage, elle, savourant la présence d'un être qui ne l'étouffe pas.
Sur nos chemins de traverse, le soleil est toujours au rendez-vous. Il l'a surprise dans le cours de l'été et ne la quitte plus d'une semelle. Il  se plaît à caresser sa nuque, venir frôler un coin de son épaule, donner chaleur à ses cuisses à travers le tissu fleuri.
Les gouttes de pluie frappent le sol. Jeanne a retrouvé son astre.
Odin, regard ouvert, ne court plus les souris. Il a bien d'autres chats à fouetter.


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1 commentaire:

  1. Très beau texte chantant l'amour ! Sur fond de printemps ! En lisant tes mots, je ne sais m'empêcher de songer au livre de Céline Gierts, Orages ...

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