août 24, 2017

JOURNAL DE BORD DE LUCAS EN AFRIQUE


Il avait 12 ans lors de ce voyage entrepris en compagnie d'un copain dont le papa résidait à Cotonou.
Celui-ci voulait faire découvrir cette partie de l'Afrique à un enfant européen.



"La nuit est tombée, je n'arrive pas à trouver le sommeil. Quelques heures plus tard, qui me semblent être une éternité, mon ami et moi, nous levons, prenons un petit-déjeuner forcé. Nous sommes ensuite conduits à l'aéroport de Brest-Guipavas. Une fois sur place, nous attendrons un long moment, avant d'embarquer pour Paris. Lorsqu'une hôtesse lance un appel aux passagers à destination de Roissy, l'impatience qui est en moi, depuis tant de temps, se change en appréhension : la crainte de ne plus pouvoir reculer à chaque pas que je fais. Une fois monté à l'intérieur de l'appareil, je suis rassuré, le personnel est gentil et les gens sont calmes. Il y règne une atmosphère sereine. Le trajet se déroulera, sans encombre, jusqu'à l'aéroport Charles de Gaulle.

A présent, nous devons attendre une bonne partie de la journée, dans cet aéroport, que le vol pour Cotonou soit prêt. Lorsque nous nous installons dans l'avion, il nous faudra encore patienter, plus de 3 heures, avant qu'il prenne son envol. C'est déjà la fin de la journée lorsque l'appareil s'avance, tout doucement, jusqu'à la piste de décollage. L'atmosphère à l'intérieur de la carcasse métallique où règne une grande fraîcheur (certains voyageurs portant des couvertures) est étrange. Le trajet va durer plus de 7 heures. Nous arrivons à Cotonou au petit matin.

L'air y est très chaud. A l'intérieur du bâtiment de l'aéroport, les passagers s'agitent, autour des bagages. Nous prenons les nôtres et nous engouffrons dans le véhicule du père de mon ami.
Arrivés devant le portail de leur maison, des domestiques se chargent de nos bagages. Epuisés, par une longue journée pleine d'émotions, nous allons nous reposer.

Le lendemain matin, je me lève, tout excité, à l'idée de rencontrer l'Afrique.

A ma grande surprise, je découvre que le temps est orageux. Nous décidons quand même, d'un commun accord, d'aller à la plage. Une fois à l'extérieur de la propriété, je me rends compte que les maisons voisines sont de simples plaques de tôles. Nous pouvons voir les gens à l'intérieur de celles-ci. Je mesure la chance que j'ai. En prenant conscience de la pauvreté, je ressens aussi un sentiment de gêne.

Nous quittons une route en terre pour nous diriger vers l'avenue principale. Les habitations en ce lieu sont modestes. Un peu plus loin, nous prenons un autre chemin de terre qui longe la mer. Plusieurs groupes d'enfants y vendent des noix de coco et se partagent l'espace. Plus loin encore, deux autres enfants, chacun d'un côté de la route, tendent un fil où des morceaux de verre, de métal sont accrochés. Cela sert de barrière car ils veulent récupérer de l'argent. Nous arrivons à notre lieu de destination. Le temps devient de plus en plus menaçant. Une plage dont le sable est grossier, ses palmiers et cocotiers, une mer agitée de grosses vagues qui viennent s'éclater sur le rivage. Il fait toujours aussi moite, aucun souffle d'air. Un peu plus tard, alors que la nuit commence à tomber, ainsi que la pluie, nous reprenons le chemin de la propriété où nous attend notre repas, soigneusement préparé, par des domestiques.

Nous sommes tous réunis autour d'une table, enfants et adultes confondus, nous discutons. Je découvre de nouvelles saveurs, de nouveaux mets (banane plantin avec du poulet bicyclette, mouton avec du riz et de la sauce de manioc...). D'une fenêtre, je vois l'orage et les éclairs s'abattant sur des bidonvilles. Cela me met mal à l'aise. Je suis confronté à la misère et aux inégalités criardes.

Le lendemain, nous décidons de visiter ce quartier.

Des enfants jouent dans la rue, à moitié nus, avec un ballon fait de divers matériaux.
Nous marchons et pouvons voir la population, dans son habitation précaire, préparer à manger dans des bols, des grands récipients avec pilons.
Un peu plus loin, un épicier se tient assis devant une planche de bois surélevée par des pierres. Divers produits sont présentés : grains, fruits, épices...
En face de lui se tient un boucher, ses viandes sont accrochées à l'air libre. De grosses mouches vont et viennent, à leur guise, sur divers morceaux.
Nous continuons notre marche, mon ami s'arrête pour saluer une connaissance, il s'agit d'un réparateur de vélos. L'homme est chaleureux et âgé.
Nous finirons par nous arrêter dans un cyber-café.

Au fur et à mesure que les jours passent, la ville et ses habitants me deviennent familiers. Je peux mettre un prénom sur certains visages.... Ceux-ci sont souriants. Je suis venu, en Afrique, avec un appareil photographique, les seules photos que j'ai faites sont celles d'animaux. Je n'ai pas souhaité saisir, les habitants des quartiers, par respect et par pudeur. J'avais le sentiment, en le faisant, de leur voler quelque-chose.

De Cotonou, au Bénin, en pleine nuit, nous sommes partis en direction du Burkina Faso. Un moment, sur une route montagneuse, nous nous sommes arrêtés, dans un élevage d'autruches. L'oncle d'Alan voulait me faire découvrir ces animaux surprenants : rapides, puissants et ne volant pas. Trois jours après notre départ, nous arrivons à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

A mon grand étonnement, puisque dans ma tête d'enfant de 12 ans, capitale me faisait penser à Paris. Je n'ai rien trouvé de semblable. La misère est partout présente et visible. La détresse, je la devine.

Le lendemain, nous allons chez la grand-mère d'Alan, je suis surpris de voir autant de monde habiter une même maison. Nous nous réunissons autour d'une table où nous sont présentés des plats.
Au menu : du mouton accompagné de riz, à la sauce de crabe et manioc. Je continue de découvrir de nouvelles saveurs.
Nous y passerons la nuit avant de repartir vers le nord du pays. Nous allons voir un vieux général, meurtri par la guerre, pour lui demander l'autorisation de faire un safari dans une réserve. Hélas, il n'y aura pas de suite, il refuse, je ne sais pourquoi. Ce qui m'a marqué, chez cet homme, c'est qu'une de ses cinq épouses n'avait que 14 ans (2 ans seulement de plus que moi). J'ai ressenti du dégoût et aussi, de la compassion, vis-à-vis de la jeune fille.

Nous avons cherché à prendre du poisson dans le Lac Bam. Des pêcheurs venaient à notre rencontre pour voir si notre recherche était fructueuse. Des visages toujours aussi ouverts et souriants.

Nous devons, à présent, rentrer à Cotonou. En cours de route, nous nous arrêtons à la ferme des crocodiles. Là, un homme vend des poulets, pour quelques francs CFA. Ceux-ci sont donnés en pâture aux reptiles pour amuser les foules. Je suis heurté par ces pratiques qui me paraissent barbares.

Nous continuons notre chemin, des baraquements bordent une route, des habitants sont là, attendant que l'un des voyageurs heurte les nombreux cadavres déposés par leurs proches.

Ils veulent faire croire que ceux-ci ont été heurtés par des véhicules afin de leur demander de l'argent. Plus d'une heure s'est écoulée, nous venons de dépasser les derniers cadavres, je peux enfin parler de ce que je viens de voir, avec l'oncle d'Alan. Il m'explique que ce qui est habituel et courant pour eux peut être, incompréhensible, bouleversant, pour des étrangers. Je me sens privilégié de connaître cela et, en même temps, déstabilisé. Je pense également à tous ces gens qui sont morts et qui n'ont, pour seul repos, que le moteur des voitures. Ces images sont toujours présentes dans mon esprit et le resteront."

Lucas

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