février 24, 2018

L' AFFICHE

L' affiche attire l'oeil.

Elle représente une femme en tenue légère mais mon regard trébuche essentiellement sur les mots : « les maisons closes, les hommes rêvent d'y entrer, les femmes font tout pour en sortir... ».
Sacré paradoxe de la publicité qui me fait pousser un juron !

Ces mots résonnent dans ma tête. Ils vont prendre la forme d'une histoire fictive qui aura pour visageThérèse.

Elle est plutôt grande, mince, d'une soixante d'années, encore jolie. Quand elle se déplace il semblerait qu'elle danse sur les ballerines qu' elle porte à ses pieds.
Parfois, sans raison apparente, cette femme s'arrête net dans sa marche. Elle semble saisie de frayeur rencontrant un personnage visible d'elle seule. Je devine, à son expression douloureuse, qu'un spectre du passé visite son être. Lorsque Thérèse reprend sa marche précipitée, elle poursuit le chemin, tant bien que mal, en lourdeur et en légèreté à la fois...


Une vieille porte en bois et tout un univers derrière celle-ci...

Thérèse en a vu défiler des hommes et des histoires, les voyant pleurer comme des enfants sur un coin du lit, les consolant ou assouvissant toutes sortes de fantasmes. Elle a subi leurs jets comme leurs violences lorsque, certains
d' entre-eux, la prenaient sans ménagement.
Des hommes de tous horizons, connus ou inconnus, qui échappaient l'espace d'un moment au monde conventionnel.
Si elle pouvait parler, si elle pouvait écrire, Thérèse en dirait des tonnes sur la nature humaine.
Elle raconterait aussi, peut-être, l'ouverture « violée » qui l' a conduite à l'enfermement.

Elle est devenue quasi muette. Les rares mots qu'elle aligne surgissent par bribes. Je l' entends crier derrière ses volets clos.Ils ne s'ouvrent jamais à la lumière. Les mots orduriers, toujours les mêmes, s'échappent de sa bouche. En une tentative désespérée, Thérèse semble vouloir extraire ce qui l'a sali.
Elle tape, en vain, sur les fantômes du passé. Les bruits des coups sur les volets font peur aux oiseaux. 
Je participe, bien involontairement, à son désordre intérieur...

En ce mois de décembre, la nature a revêtu le manteau de la nuit. 
Une ombre cagoulée surgit brusquement de derrière un châtaignier. Elle me fait sursauter. Celle-ci a le visage terrifié de Thérèse. Voyant ma peur, elle semble rassurée. Sa frayeur quitte son être, tandis qu' un sourire apparaît.

Sur la route, tout à côté, une affiche trône : ": « les maisons closes, les hommes rêvent d'y entrer, les femmes font tout pour en sortir... 

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