Une histoire à dormir debout
D’un rêve…
D’où venons-nous ? Où allons-nous ?
Les hommes et les femmes de tous temps, de toutes croyances, se sont posé cette question sans qu’aucune réponse définitive ne vienne l’éteindre. Elle demeure, suspendue, comme un mystère au bord de la pensée.
Une femme âgée et handicapée m’avait un jour dit, sur le ton de la plaisanterie :
« De l’autre côté, je te ferai un signe, s’il y a véritablement quelque chose. »
Elle est partie depuis. Elle a poursuivi son chemin dans ce que certains appellent le monde invisible.
Un soir, j’ai rêvé.
Un rêve étrange, à la frontière incertaine du sommeil et de la veille, comme si deux mondes se superposaient sans jamais se confondre. J’y ai senti une présence, discrète et pourtant insistante.
Je l’ai vue.
Elle grimpait la façade de la cathédrale de Quimper, vive, légère, presque lumineuse. Elle n’avait plus rien de la fragilité du souvenir : elle était jeune, agile, presque insouciante. Elle portait un costume de petite Bretonne, finement brodé, comme ceux qu’elle avait peut-être elle-même confectionnés autrefois.
Elle montait. Encore et encore.
La pierre de la cathédrale devenait pour elle un chemin vertical, comme si l’édifice tout entier l’appelait vers le haut.
Était-ce elle ? Était-ce une image d’elle ? Ou autre chose encore ?
Je ne sais pas.
Mais dans ce rêve, tout semblait répondre silencieusement à une même idée : la transformation, le passage, l’élévation. La vieillesse effacée, la limite du corps dépassée, comme si quelque chose continuait son chemin ailleurs, autrement.
Certains y verront une simple construction de l’esprit. D’autres, peut-être, y liront un signe.
Moi, je reste au bord de cette hésitation.
Et le souvenir de cette montée, lui, demeure — suspendu au sommet de la cathédrale, entre ciel et pierre.
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