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Et même le vent n'en a soufflé mot, appréciations de lecteurs
et même le vent n'en a soufflé mot"
Sur les bords de l' Odet
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PETITE HISTOIRE DANS UNE NUIT D'ENCRE
L'artiste se tient là, concentré, passionné.
Sa sculpture prend forme sous ses doigts.
Sous son chapeau de paille, légèrement incliné, ses yeux brillent d’une joie tranquille.
Au crépuscule, un passant sur une charrette l’interpelle de loin, et un salut chaleureux traverse l’air.
Puis vient la nuit complète, et il retrouve son épouse et les têtes bouclées de ses enfants.
Ensemble, ils courent dans la lande, jouant à se faire peur, à grimacer à la lune, à sentir le souffle de l’infini sur leurs visages burinés.
En d'autres temps, un même lieu...
La lande s’étend à l’infini sous une nuit d’encre.
Le ciel et la mer, complices silencieux, se fondent l’un dans l’autre, brouillant les frontières du monde.
Les étoiles se sont éclipsées, laissant la lune comme un mince filet jaune, un rictus glacé suspendu dans le noir.
Les vagues, lourdes et anciennes, frappent les rochers avec une force millénaire, et le vent hurle à travers la lande, transperçant le silence d’un gémissement aigu.
L’homme avance à tâtons.
Ses bras battent le vide.
Que cherche-t-il ici, loin du village et des lumières rassurantes ?
Qu’est-ce qui le pousse à s’aventurer dans cette obscurité palpable, où son souffle se mêle à celui de la lande ?
Il continue, imperturbable, s’arrêtant parfois pour fixer un point invisible pour tous sauf pour lui.
Il s’immobilise enfin au pied d'une statue en granit.
Ses mains la frôlent avec une sensualité étonnante, comme s’il voulait en absorber l’âme.
Chaque geste est une caresse, chaque caresse une possession.
La lande respire autour de lui, immense et silencieuse.
Et soudain, le promeneur disparaît, avalé par le mystère de la nuit.
Seul reste le vent, entité vivante qui murmure à travers le vide...
Je suis ce passant. C’est pourquoi je sais…
Je me souviens que la nuit était d’encre.
Je suis venu, j’ai disparu par un chemin secret, un lien invisible qui unit, pour l’éternité, la terre, la mer et le ciel, le passé et le présent, la mort et la renaissance.
Mahmoud Chaid m'a fait l'honneur et l'amitié de mettre en musique et d'interpréter "Roses rouges pour toujours".
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