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Et même le vent n'en a soufflé mot, appréciations de lecteurs
et même le vent n'en a soufflé mot"
Sur les bords de l' Odet
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ASSISE AU BAR
Années 1970, Bénodet. Assise au bar, sur mon tabouret, je regardais.
Les lumières clignotent, imposent à l’océan leurs reflets artificiels.
Le dancing revêt ses appâts du week-end.
Petit à petit, le bitume se teinte de véhicules de multiples couleurs.
Les filles et les garçons s’extirpent des voitures en gesticulant.
Leurs tenues sont soignées, certaines jeunes femmes portent des robes longues.
Ceux-ci se dirigent fébrilement vers la porte d’entrée et s’engouffrent, telles des sardines, dans une boîte.
La nuit est maintenant bien installée.
Au milieu de la piste, quelques jeunes filles virevoltent et se trémoussent.
Elles parlent et rient bruyamment, ne sachant que faire pour attirer l’attention.
L’une d’entre elles a voulu se faire femme mais elle n’en représente qu’une caricature léopardée.
D’autres jeunes filles se tiennent les unes contre les autres.
Leur apparence est plus simple.
Elles semblent communier dans un langage connu d’elles-seules : celui de la résignation.
Les accords d’un slow retentissent brusquement.
Les jeunes hommes se précipitent.
Ils ont déjà repéré leur danseuse ou leur proie.
Certains essuient un refus net et repartent tête baissée.
Les jeunes filles aux traits simples sont toujours assises, prunelles levées vers des hommes qui ne les voient même pas.
Elles resteront transparentes toute la soirée, fixant les désirs des hommes portés vers d’autres corps à fantasmes.
Elles vivront alors, par procuration, une aventure imaginaire, les yeux rivés aux couples enlacés.
Au fur et à mesure des slows, elles se tasseront et se résigneront.
Elles repartiront avec leur déception en bandoulière, reviendront le samedi suivant…
Celles qui étaient au premier plan auront reçu les hommages masculins pour quelques heures, quelques jours, quelques mois ou une vie entière.
Quatre heures du matin.
Les lumières continuent de clignoter mais elles ne vont pas tarder à s’éteindre.
Tout à côté, la mer va retrouver ses reflets naturels.
Le silence et le visage unique de la lune vont envahir les lieux.
Mahmoud Chaid m'a fait l'honneur et l'amitié de mettre en musique et d'interpréter "Roses rouges pour toujours".
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