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Et même le vent n'en a soufflé mot, appréciations de lecteurs
et même le vent n'en a soufflé mot"
Sur les bords de l' Odet
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LES ANNEES D' UN LIEU
La fillette pousse craintivement la lourde porte de l’église.
Un malaise s’empare d’elle en pénétrant ce lieu voué au culte. Les murs froids, le sol dur, l’espace vide où trône l’autel, la croix avec l’homme cloué… tout lui inspire de la frayeur.
Son regard se fixe sur la lumière colorée qui brille sur l’autel. Elle a l’impression d’être observée par un œil venu de l’au-delà. Sa gorge se noue, elle avale péniblement sa salive.
Elle s’assoit sur une chaise basse, genoux serrés, sens aux aguets. Bientôt, ce sera son tour dans le confessionnal. Chaque passage est une épreuve. Elle récitera la leçon préparée : « J’ai menti, j’ai désobéi, j’ai volé des bonbons. »
La réponse est toujours la même : « Dieu vous pardonne, mon enfant, mais vous allez réciter cinq ‘Je vous salue Marie’. »
La fillette déteste l’habitacle en bois. Le visage du prêtre dans l’ombre, son souffle derrière la grille… tout la déstabilise.
Elle ne dit pas qu’elle joue au papa et à la maman avec sa meilleure amie, ni qu’elles s’embrassent sur la bouche juste pour voir. Ni qu’elles comparent leurs anatomies pour se rassurer. À l’époque, « les choses de la vie » sont taboues. Elle n’oserait jamais avouer son intérêt naissant pour les garçons. La peur de l’enfer serait trop grande.
Le temps passe…
La jeune femme pousse maintenant la porte de l’église avec assurance.
Elle admire la beauté des vitraux, les sculptures massives. Ses doigts effleurent les colonnes, pour sentir la matière de ce lieu éthéré. Le silence, bienveillant cette fois, loin des fureurs du monde, imprègne son être comme un baume. La lumière sur l’autel, mystérieuse, ne lui fait plus peur.
Les confessionnaux, rangés le long des allées, semblent aujourd’hui des objets d’antiquité. Un frisson parcourt encore sa mémoire. Une vieille peur remonte à la surface.
Et là, devant l’autel, dans la patience silencieuse du lieu, elle entend presque les cris des bâtisseurs d’autrefois : les mains rêches qui hissaient les pierres, les corps pliés devant l’ouvrage immense, les regards levés vers le ciel… Tous ces hommes qui, le cœur à l’ouvrage, avec une âme d'artistes, ont traversé les âges.
Un lieu identique, un regard légèrement différent, des années après. Ainsi va la vie. Ainsi vont les êtres...
Mahmoud Chaid m'a fait l'honneur et l'amitié de mettre en musique et d'interpréter "Roses rouges pour toujours".
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